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Texte libre

La pensée est la vertu première de l’homme, de laquelle toutes les autres découlent. Et son vice premier, la source de tous ses maux, est cet acte inqualifiable que vous pratiquez tous en refusant obstinément de l’admettre: la fuite, la  suspension intentionnelle de la conscience, le refus de penser –non l’aveuglement, mais le refus de voir; non l’ignorance, mais le refus de savoir. C’est l’acte de ne pas concentrer votre esprit, de le noyer dans un brouillard intellectuel, afin de n’avoir pas à endosser la responsabilité de juger, et cet acte repose ultimement sur cette prémisse inavouable: que les choses cesseront d’exister si vous refusez de les identifier, que ‘A’ ne sera pas ‘A’ tant que vous ne l’aurez pas admis. (Ayn Rand, Atlas Shrugged )

Vendredi 10 novembre 2006

Pendant une campagne électorale le plus difficile à supporter c'est finalement son présupposé : l'idée que la politique est positivement utile alors qu'elle n'est utile, juste et intéressante que lorsqu'elle se nie elle-même. Il suffit d'écouter n'importe quel politicien pour comprendre que ce que font les professionnels de la politique se réduit finalement à ceci : corriger les erreurs de leurs propres politiques, celles de ceux qui les ont précédés et, pour cela, créer les nouveaux problèmes de demain. Il serait temps de comprendre que l'erreur est dans le principe même de l'action politique. Autrement dit l'action politique EST l'erreur.

La politique "positive" est en régime d'erreur perpétuelle, elle se nourrit de ses propres erreurs, elle a besoin de ses erreurs pour exister, pour se justifier. L'alternance politique n'est, de ce point de vue, qu'un moyen de créer l'illusion du progrès : les erreurs des uns seraient corrigées par les autres autres, les mauvaises politiques seraient éliminées avec la mort "politque" de ceux qui les ont mises en place, avec la défaite électorale. Ce serait vrai si la machine à produire les erreurs était détruite elle aussi. Mais cette machine est la politique elle-même, la politique quotidienne, celle qui s'occupe des "problèmes des Français", celle qui prend les problèmes "à bras le corps", formule risible faite pour les assistés sociaux et autres petits enfants de la République. La nature même de la politique en régime permanent, avec son ronronnement démocratique, réside dans son socialisme et sa soif de soulager tous les "mécontentements". Depuis le temps que ça dure il ne devrait plus y en avoir mais dire cela c'est se tromper sur la nature de la politique en régime de croisière démocratique.

Non seulement le bricolage politique, le réformisme de bric et de broc, l' "ingénierie fragmentaire" chère à Karl Popper conduit à engendrer perpétuellement de nouveaux problèmes qu'il faudra résoudre dans l'avenir, mais la politique, recherchant de la substance pour son action, peut puiser au puits sans fond des insatisfactions humaines, exciter l'envie, découvrir des inégalités "intolérables", de nouvelles classes "opprimées"...

De manière plus profonde, qu'est-ce que la politique ? C'est l'utilisation de la violence légale pour imposer à  des individus des fins dont ils ne veulent pas et dont il est d'ailleurs souvent impossible de savoir s'ils les veulent puisque l'action politique consiste précisément à se priver des moyens de le savoir : l'observation dans une société libre. Il est logiquement impossible de sortir de cela. Si les individus voulaient ce que font les politiciens il n'y aurait pas besoin de la violence. On me répondra que la violence peut être légitime pour atteindre certaines fins. Oui mais ces fins sont dans ce cas abstraites et négatives : la seule violence légitime est celle qui résiste à l'agression, celle qui maintient l'état de droit, les droits de propriété et les règles de justice sur la base desquelles un tribunal civil peut statuer. Ces règles ne sont pas votées à l'assemblée nationale, elles émergent dans une société libre pour résoudre des problèmes juridiques dans des cas concrets.

Une société de droit, libre, sans violence politique, contient une somme de connaissances diffuses que nul ne peut rassembler dans une entité décisionnelle unique comme un gouvernement ou une assemblée de "sages", ou d'élus"... Et cette quantité de connaissances éparses se développe, se mobilise dans un contexte de liberté, dans un ordre social que les  alter-comprenants croient pouvoir rejeter sous l'appellation de "société de marché". C'est qu'ils ne sont pas capables comprendre ce qu'est une société de marché : la coopération volontaire entre des individus qui agissent.

La société de marché, la société libre est le contre-modèle de tous les "projets" de société, de toutes les utopies collectivistes. C'est aussi la seule société juste car c'est la seule à laquelle une définition sensée de la justice puisse être appliquée.

par Vae publié dans : actualité
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